Mansfeld
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N° XII Distillerie · Reportage

Le retour de l'Oak Gin, chronique d'un fût oublié.

Dans une cave humide de Bockfields, un tonneau de chêne dormait depuis 2009. Ouvert l'hiver dernier, il a donné naissance à l'édition la plus rare de la Maison — et à toute une enquête.

Au fond du chais N° 3 de Bockfields, là où l'air sent le chêne mouillé et le sucre oxydé, le maître-distillateur Pierre Schiltz pose la main sur un fût marqué d'une craie presque effacée. « 2009 — colonne 2 — H. » En une vie de travail, il aura versé des millions de litres dans des centaines de tonneaux. Ce H-là, pourtant, il l'avait perdu de vue.

L'histoire commence il y a dix-sept ans, quand la Maison expérimente une seconde maturation pour son Dry Gin de signature. L'idée : laisser le distillat reposer dans un fût de chêne français de 350 litres, déjà chargé de Sauternes, le temps de quelques mois. Trois fûts sont remplis. Deux sont ouverts l'année suivante, embouteillés sous l'étiquette éphémère Oak Gin Signature 2010. Le troisième disparaît dans l'inventaire — perdu derrière une rangée de fûts de rhum, étiqueté à la craie, oublié.

Une cave, un nez, une énigme.

C'est en novembre 2025 que Lucie Berend, jeune cellar-master arrivée l'an dernier de Cognac, remarque l'anomalie. L'inventaire informatique mentionne 142 fûts en chais N° 3 ; elle en compte 143. « Au début, j'ai cru à une erreur de saisie. Et puis je suis allée regarder, par curiosité. Le fût était bien là, à sa place — depuis seize ans. »

Le bois avait absorbé près de quarante pour cent du distillat.
Ce qu'il restait — quelques litres seulement — sentait la résine de pin, la noix verte et une chaleur étrange.

Lucie Berend · Cellar-master

L'analyse est lancée le lendemain. Au laboratoire de la Maison, les chromatographes dévoilent un profil aromatique inédit : les notes habituelles du Dry Gin (genièvre, coriandre, racine d'angélique) se sont transformées en quelque chose de plus charpenté, presque de boisé. La concentration en composés terpéniques a doublé. Le titre alcoométrique, monté à 51,3°.

Le maître-distillateur prélevant un échantillon
Pierre Schiltz prélève un échantillon du fût H, chais N°3 de Bockfields, le 14 décembre 2025.

Ce que dit le chêne.

Pourquoi ce fût-là, et pas les deux autres ? L'enquête menée avec l'œnologue Marc Vannier (Bordeaux) avance une explication : l'humidité particulière du chais N° 3, historiquement réservé aux rhums, a ralenti l'évaporation du distillat tout en accélérant l'échange aromatique avec le bois. « Un microclimat parfait pour une seconde vie », résume-t-il. Le fût, quant à lui, avait déjà servi pour un Sauternes 1995 — soit deux maturations successives sur des sucres résiduels exceptionnels.

Le résultat tient en un mot : une rareté. Mansfeld a décidé de ne pas embouteiller plus de 240 flacons numérotés à la main, présentés dans un coffret en chêne du Hunsrück. Les premières quatre-vingts unités sont parties en huit jours, sans annonce officielle — uniquement par bouche-à-oreille et carnet de commande des fidèles.

§ §

Trois choses à retenir

  • Une édition unique de 240 flacons numérotés, mise en bouteille le 18 janvier 2026, à 51,3°.
  • Aromatique inédite : genièvre, résine de pin, noix verte, sucre brûlé, finale longue sur le chêne fumé.
  • Dégustation ouverte à la Maison sur réservation, jusqu'au 15 juin. Au-delà, il n'y aura plus de comptoir.

Reste une question — celle que tout le monde s'est posée à Bockfields. Que faire, maintenant, des deux autres chais qui n'ont jamais été inventoriés à fond ? Lucie Berend sourit. « On y descend lundi. »